Pèle-mêle

10. L’enseignement de Ramana Maharshi

Petit extrait tiré de l’ouvrage du même nom, parlant du mental.

Les références de l’ouvrage : ici.

24 Janvier 1939

Plusieurs hommes arrivèrent dans le hall. Peu de temps après, Shri Bhagavan (Ramana Maharshi) leur adressa la parole. Lors de la conversation il fit la remarque suivante : « A Quoi sert-il de remonter dans le passé ou de prévoir l’avenir? Ce qui importe, c’est uniquement le présent. Occupez-vous de lui et les autres choses s’occuperont d’elles-mêmes.

Question : Est-il mauvais de désirer quelque chose?

Maharshi : On ne devrait pas se réjouir quand un désir est satisfait, ou être déçu quand on est frustré. Se réjouir de la satisfaction d’un désir est si trompeur. Un gain sera certainement perdu tôt ou tard. Par conséquent, la joie de la satisfaction finira un jour par la souffrance. Quoiqu’il puisse arriver, on ne doit pas laisser place à des sentiments de plaisir ou de douleur. Comment les évènements peuvent-ils vous affecter? Vous ne grandissez pas en acquérant quelque chose, pas plus que vous ne diminuez en le perdant. Vous restez ce que vous êtes depuis toujours.

Question : Nous, hommes de ce monde, ne pouvons pas résister au désir.

Maharshi : Vous pouvez désirer mais soyez préparé à toute éventualité. Faites des efforts, mais ne vous perdez pas dans les résultats. Acceptez avec équanimité quoi qu’il arrive. Le plaisir et la douleur ne sont que de simples modifications du mental. Ils n’ont aucun rapport avec la réalité objective.

Question : Comment cela?

Maharshi : Dans un village du sud de l’Inde vivaient deux jeunes amis. Ils avaient fait des études et désiraient gagner de l’argent pour aider leurs familles respectives. Ils prirent congé de leurs parents et partirent en pèlerinage à Bénarès. L’un d’eux mourut en route. L’autre se retrouva seul. Il poursuivit son chemin et, au fil des mois, il se fit un nom et gagna de l’argent. Mais il voulu gagner d’avantage avant de rentrer chez lui. Entre-temps, il rencontra un pèlerin qui se dirigeait vers le sud, en passant par son village natal. Il lui demanda d’informer ses parents qu’il serait de retour dans quelques mois, et que son ami était mort en cours de voyage. Le pèlerin gagna le village natal des deux amis et se rendit chez leurs parents. Il donna les nouvelles mais en intervertissant par erreur les noms. Si bien que les parents du bien-portant se lamentèrent sur sa supposée disparition et que les parents du défunt se réjouirent de son succès et de son prochain retour.

Vous voyez bien que le plaisir et la douleur n’ont aucun rapport avec les évènements mais ne sont que des modifications mentales.

 9. Origine et sens du Hatha Yoga

Ce qui suit est tiré de l’introduction de Swami  Satyananda Saraswati dans ses commentaires à propos de l’ouvrage Hatha Yoga Pradipika (Lumières sur le yoga).

Les références de l’ouvrage : ici.

« Dans la littérature yogique nous avons quelques textes de foi sur le hatha-yoga. La Hatha Yoga Pradipika de Yogi Swatmarama en est un exemple très célèbre. (…)

L’essence du Hatha Yoga

Au VI° siècle de notre ère, se perpétuait une évolution spirituelle remarquable. Elle avait commencé en Inde depuis plusieurs siècles. Le VIème siècle avant J-C vit en Inde deux grands hommes. L’un est connu universellement sous le nom de Bouddha; l’autre est Mahavir, le fondateur de la secte Jaïn qui tient une place importante dans la culture indienne. Tous deux se livraient à de dures austérités et prêchaient la « non-violence », ahimsa.

Finalement, Bouddha transcrivit ses enseignements, intitulés Les Quatre Nobles Vérités. Deux systèmes de bouddhisme se firent connaître dans le monde entier. L’un est connu sous le nom de vipasana, et l’autre est anapanasati, « contemplation ». Bouddha jeta les bases d’un enseignement nommé La Voie Octuple. C’était un système plus ou moins semblable aux yama et niyama du raja yoga (yoga méditatif).

En raison de la popularité de Bouddha, la méditation devint la forme principale de pratique spirituelle du sous-continent indien tout entier. Cependant, on ignorait les pratiques préparatoires. On insistait beaucoup sur l’éthique et la moralité en oubliant le reste. C’est à cette époque que les penseurs de l’Inde commencèrent à réévaluer le système de Bouddha. Les indiens estiment que la méditation est la voix la plus haute, mais ils sont en désaccord sur un point : le fait que l’on puisse ou non commencer la méditation sans préalables. La plupart pensent qu’on ne peut y accéder d’emblée et qu’il faut s’y préparer.

Cinq cents ans après Bouddha, c’est à dire cent ans avant Jésus Christ, se créa en Inde, à Nalanda dans la province du Bihar, une grande université dans la tradition bouddhiste; elle se consacra au système Hinayana. Hinayana signifie la « voie étroite », c’est à dire le système bouddhiste orthodoxe. Des milliers d’étudiants du monde connu d’alors venaient y étudier la religion.

Cependant, il existait parmi les bouddhistes, un autre groupe, qui n’était pas d’accord avec l’interprétation orthodoxe des enseignements. Ces dissidents pensaient que Bouddha lui-même avait prêché autre chose. Aussi créèrent-ils une autre université appelée Vikram Shila à 130 km à l’est de Munger dans le Bihar; cette université devint le centre de diffusion de la tradition Mahayana. Mahayana signifie la « Grande Voie ». On y suivait les principes de libéralisme et les adeptes faisaient preuve d’un grande ouverture d’esprit. Ce n’étaient pas des bouddhistes orthodoxes, mais des bouddhistes libéraux. Dans cette tradition Mahayana, ils commencèrent à introduire le Tantra. C’était une nouveauté, quelque chose que le Bouddha n’avait pas transmis directement. Les bouddhistes orthodoxes n’y croyaient donc pas. En conséquence, de Vikram Shila, se dégagea une secte connue sous le nom Sahajayana, la « voie spontanée », et  Vajrayana qui prend en compte les relations sexuelles entre hommes et femmes. On conçoit que les pratiques  de ces sectes tantriques furent très mal reçues par les groupes orthodoxes.

Au bout d’environ cinq siècles, la popularité et l’influence du bouddhisme déclinèrent, en même temps que celles des sectes tantriques et leurs pratiques s’effacèrent. Puis au IVème, Vème et VIème siècle de notre ère, après la période de décadence bouddhiste en Inde, quelques grands yogis se penchèrent sur cette science, et entreprirent de purifier le système tantrique. Matsyendranath, Gorakhnath et quelques autres yogis qui gardaient la tradition se rendirent compte que cette science importante était ignorée des gens sérieux, tandis que d’autres en déformaient les enseignements. Ils convinrent donc de séparer du reste le hatha yoga (le yoga posturale que nous pratiquons essentiellement en Occident) et les pratiques tantriques du raja yoga (le raja yoga est le yoga propre à la méditation); ils finirent par élaguer totalement les rituels tantriques, sans même les mentionner.

En « écrémant » les pratiques, leur but était de sélectionner dans le système tantrique les méthodes utiles, commodes et nobles du yoga. A ce moment là se posa pour eux le problème de classifier certaines directives du tantra, jusque-là hors norme.

Bien que Bouddha fût une éminente personnalité, ses écrits se résumèrent plus tard simplement à ce que nous appelons des expériences psychologiques. Il devint donc nécessaire de réintroduire la méditation proprement dite, en tant que système. Alors émergea le système du hatha yoga. C’est à cette époque que Matsyendranath fonda le culte Nath. Celui-ci insistait sur la purification du corps et des éléments, comme préalable indispensable aux pratiques méditatoires. C’est là tout le thème du yoga.

Science de la purification

Parmi de nombreuses autorités en matière de hatha yoga, s’impose la personnalité de Swatmarama qui compile la Hatha Yoga Pradipika, terme qu’on peut traduire par « lumière sur le hatha yoga ». Cependant le terme Pradipika signifie en réalité « qui brille de sa lumière propre », ou « ce qui illumine ». C’est sans nul doute un texte qui illumine chez les étudiants en yoga une multitudes de questions relatives au corps, au mental et à l’esprit.

Gorakhnath, le principal disciple de Matsyendranath, avait écrit auparavant des livres – poèmes et proses – sur le système du hatha yoga, dans le dialecte local; mais Swatmarama recueillit toute la sagesse du hatha yoga en sanscrit. Il en exposa les techniques, asana (posture), pranayama (contrôle du souffle) et shatkarma (les six techniques de purification en yoga), sujets qu’il a en commun avec les textes précédents.

La beauté de la Hatha Yoga Pradipika réside dans le fait qu’elle résout le problème que rencontre tout étudiant. . Swatmarama a complètement éliminé les yama (codes moraux) et les niyama (la contrainte que l’on s’impose à soi-même, la discipline) qui sont les points de départ des systèmes bouddhistes et jaïn, ainsi que du raja yoga de Patanjali.

Patanjali était un contemporain de Bouddha, et son système de yoga avec les étapes yama et niyama a subi l’influence de la philosophie bouddhiste. Dans le Yoga Sutra (ouvrage réalise par Patanjali), il a divisé le raja yoga en huit étapes. « Yama » et « niyama » en sont les deux premières, suivies de « asana » et de « pranayama ». Puis « pratyahara »  (le retrait ou retournement des sens vers l’intérieur), « dharana » (la concentration), « dhyana » (la méditation) et « samadhi » (l’état sans pensée, sans mental) en sont les quatre dernières. Patanjali soutient que l’on doit commencer par perfectionner yama et niyama sans quoi asana et pranayama risquent de ne pas donner les résultats escomptés.

Qu’est-ce que yama et niyama? La maîtrise de soi, des règles de conduite et des observances; vérité, non-violence, continence, honnêteté, modestie, pureté externe et interne, contentement sont quelques-unes des règles énoncées. Cependant, les auteurs de textes sur le hatha yoga avaient bien conscience des difficultés concrètes que rencontre tout homme face à yama et niyama. En outre, yama et niyama relèvent plus de la religion que de la vie spirituelle de l’homme.

L’expérience nous enseigne que la pratique des yama et niyama (discipline et maîtrise de soi), requiert une certaine qualité du mental. Il arrive bien souvent qu’en visant la pratique de la maîtrise de soi et la discipline, on augmente le taux des éléments conflictuels de notre personnalité. (…) Par conséquent, avant même d’essayer de se livrer à une discipline personnelle et à la maîtrise de soi, il faut assainir le terrain.

Si l’harmonie n’est pas établie dans la personnalité, la maîtrise de soi et la discipline personnelle seront sources de conflit plutôt que de paix intérieure. En ce sens, il vaut mieux que le principe de l’antithèse entre le mal et le bien ne soit pas enseigné. On l’a toujours exposé, en tant que principe philosophique ou religieux, mais du point de vue spirituel, il n’a été d’aucun secours pour aider l’être humain, lorsque celui-ci doit faire face au dilemme de sa propre évolution.

Importance des Shatkarmas

Dans la Hatha Yoga Pradipika, on voit d’emblée que Swatmarama ne s’occupe pas du tout de la maîtrise de soi et de la discipline personnelle, selon l’injonction des yama et niyama. L’ordre ici est très différent. Pour commencer, dit-il, il faut en premier lieu, purifier le corps – l’estomac, les intestins, le système nerveux, et les autres organes. C’est pourquoi viennent d’abord les shatkarmas, c’est à dire neti, dhauti, basti, kapalbati, trataka et nauli. C’est par là que commence le hatha yoga.

Cependant les shatkarmas à eux seuls, ne constituent pas la totalité du hatha yoga. A la suite, il faut pratiquer asana et pranayama. La maîtrise de soi et la discipline personnelle commencent par le corps. C’est beaucoup plus facile. L’asana est discipline; le pranayama est discipline; le kumbhaka  (rétention du souffle) est maîtrise de soi. Rester en assise pendant un quart d’heure c’est de l’autodiscipline. Commencer autrement, c’est se battre contre le mental. On n’a pas les moyens d’une lutte contre le mental. Que de fois on entame la bataille contre lui, amenant par là un état complexe de haine contre soi-même!

Il n’y a pas deux sortes de mental: un mental qui essaye de rompre la discipline, et un autre qui veut maintenir la discipline. Le mental est un, et s’il essaie de se couper en deux, il y a scission : on peut la trouver en tout un chacun. Quand elle prend de larges proportions, on l’appelle schizophrénie.

Ce danger a été clairement perçu par les maîtres et spécialistes de hatha yoga. « En priorité », disent-ils, « disciplinez le corps ». Et ils ont expliqué ce qu’ils entendaient par là. Pour eux, le corps inclut les éléments subtils (tattwas : éléments, état véritable du réel) et les canaux d’énergie (nadis), qui doivent être purifiés. Il faut maintenir et harmoniser de manière appropriée le comportement de la force vitale (prana), tout le système nerveux et les diverses sécrétions du corps.

Ensuite, on passe à la pratique des mudras comme vajroli, sahajoli, khechari, shambhavi, viparita karani, et autres. Ces pratiques amèneront le pratyahara et conduiront à dharana, dhyana et samadhi.

But du hatha yoga

Afin de purifier le mental, il est nécessaire pour le corps dans son ensemble de subir un processus de purification absolue. e hatha yoga est également connu comme la science de la purification. Il n’y a pas qu’un seul type de purification: il y en a six. Le corps doit être purifié de six manières différentes, correspondant à six types d’impuretés. Quand on débarrasse le corps de ces impuretés, les nadis fonctionnent et les blocages d’énergie se trouvent libérés. Alors les énergies se déplacent comme des fréquences ondulatoires d’un bout à l’autre des canaux à l’intérieur de la structure physique; et elles montent droit irriguer le cerveau.

C’est pourquoi on considère le hatha yoga comme la pratique préliminaire au tantra, au raja yoga, au Kundalini yoga et au kriya yoga. Quand les rishis (voyant, au sens de celui qui voit la vérité suprême) ont découvert la science du hatha yoga, ils n’avaient pas en vue la thérapie par le yoga. Bien que le yoga se soit révélé très efficace dans le traitement de nombreuses maladies réputées incurables, l’effet thérapeutique du yoga n’est qu’un effet dérivé, découvert fortuitement.

L’objectif principal du hatha yoga est de créer un équilibre absolu entre les activités et les processus du corps physique, du mental et de l’énergie, qui agissent les uns sur les autres. Une fois cet équilibre réalisé, les impulsions générées provoquent l’éveil de la force centrale (sushumma nadi) qui régit l’évolution de la conscience humaine. Ne pas utiliser le hatha yoga dans ce but, c’est manquer le véritable objectif.

La bipolarité de l’énergie intérieure

Afin de clarifier le sujet, on lui a donné le nom de « hatha », c’est à dire ha et tha, combinaison de deux bija mantras. Dans hatha yoga, tha représente la prana, la force de l’élan vital, et ha représente le mental. Ainsi « hatha yoga » signifie union des forces pranique et mentale. L’union des forces pranique et mentale provoque chez l’être humain une grande transformation: l’éveil de la conscience supérieure.

La prana shakti ou force vitale et la manas shakti ou force mentale, sont les deux principes créateurs. Tous les objets dans l’univers – des plus petits atomes aux plus grandes étoiles – se composent de ces deux shaktis ou énergies.  Quand ces deux énergies réagissent l’une sur l’autre, quand elles rentrent en interaction, alors la création commence à se déployer.

Quand les deux shaktis sont séparées l’une de l’autre, ou qu’elles refluent à leur source pour s’y dissoudre, alors la création se dissout. C’est le grand pralaya, c’est à dire l’annihilation totale de la matière. On parle le même langage dans le domaine de la physique. Toute la matière dans cette création est vivante. C’est le premier point. Elle est aussi consciente. C’est le second point. En conséquence, tout est doué d’une conscience potentielle et tout est vivant. Dans le yoga, la vie et la conscience sont connues sous le nom de prakriti et purusha; dans le tantra, on les appelle shakti et Shiva. Dans le hatha yoga, on les appelle ida et pingala, dans le taoïsme, yin et yang, et en physique, matière et énergie. Elles portent un nom bien à elles à des époques différentes, dans des philosophies différentes. On voit ce corps physique à travers une perception brute. Si l’on regarde ce corps avec le regard psychique ou avec l’œil ou avec l’œil des équipement électroniques spécialisés et sophistiqués, peut-être comprend-on qu’il a sa contrepartie subtile.

Que se passe-t-il intérieurement chaque fois qu’émerge une pensée? Si vous n’y aves jamais réfléchi, commencez tout de suite. Qu’Est-ce que la pensée? Que se passe-t-il en nous, quand une pensée émerge, puis s’efface pour faire place à une autre ou quand les pensées s’interceptent? C’est ce qu’on appelle le jeu de la shakti.

Harmonie entre les forces positive et négative

Dans le hatha yoga on trouve la notion qu’il faut harmoniser la double shakti ou l’énergie en l’homme, parce qu’à l’état normal, elle demeure sous une forme déséquilibrée. Tantôt la prana shakti prédomine et la shakti mentale joue un rôle subalterne, tantôt la shakti mentale prédomine et la prana shakti joue un rôle subalterne. En raison de ce déséquilibre, dans un cas surviennent les maladies physiques, dans l’autre les maladies mentales. (…)

Par conséquent, l’idée du hatha yoga est d’amener une harmonie entre ces deux grandes forces connues sous le nom d’ida et pingala. Dans le hatha yoga, s’opère en tout premier lieu la purification de tout le mécanisme corporel, la régénération de l’organisme. Il faut toujours garder présent à l’esprit le concept que le corps, le mental et l’esprit ne sont pas trois : ils ne font qu’un. A un niveau d’existence, on voit le corps. A un autre niveau, on le perçoit en tant que mental. On ne doit jamais considérer l’esprit comme étant différent du corps, et le corps comme étant différent de l’esprit. Ils ne font qu’une seule et même chose.

(…)

L’union du mental et du corps constitue le yoga

Les commentateurs omettent souvent un point important, c’est que le hatha yoga n’est pas seulement l’union du prana et du mental. Il signifie l’union du prana et du mental avec le Soi. Elucidons ce point. Dans la moelle épinière, se trouvent trois nadis principales, connues sous le nom d’ida, pingala et sushumna.   Nadi dans ce contexte ne signifie pas nerf. Ce n’est pas un canal physique. Nadi signifie courant, comme le courant électrique à l’intérieur d’un câble. Un fil électrique conduit la force négative et un autre la force positive. Ainsi dans le hatha yoga, ida nadi représente la force négative et un autre la force positive, le courant de la conscience, pingala représente la force positive, le courant d’énergie vitale et sushumna nadi représente la force neutre, le courant d’énergie spirituelle.

L’union, la connexion entre ces trois courants se produit dans ajna chakra (le centre au milieu du front). Revenons donc au sens littéral de hatha yoga. Quand cette union a lieu, il se produit un éveil instantané dans le muladhara chakra à la base de la moelle épinière. c’est le siège de l’énergie primordiale ou Kundalini shakti. L’éveil de la Kundalini est précisément le thème du hatha yoga. Les pratiques enseignées en hatha yoga amène à l’union. Le résultat de cette union, c’est l’éveil de la kundalini. Quand l’éveil a lieu, la kundalini monte jusqu’aux sphères supérieures de la conscience, pour s’établir en fin de parcours dans le sahasrara (le chakra spirituel), au sommet de la tête.

La stabilisation de la kundalini dans le sahasrara chakra, s’appelle yoga et non pas hatha yoga. c ‘est toute la différence entre yoga et hatha yoga. Yoga signifie union de Shiva (conscience) et Shakti (énergie). Shakti est l’énergie de la kundalini; Shiva est la conscience suprême dont le siège est dans le sahasrara chakra. Quand l’éveil se produit dans le muladhara, à la base de la moelle épinière, alors la kundalini commence à monter.

Elle monte par la sushumna, non par ida et pingala. La sushumna est la voie directe pour le passage de la kundalini. Elle traverse les différents chakras, quelquefois tout d’un coup et quelquefois très lentement. Quand elle s’unit à ida et pingala dans ajna chakra, on reste dans le hatha yoga. Puis après cette première union, elle se fraye un chemin jusqu’à sahasrara chakra. Là, elle s’unit à la conscience suprême, Shiva. Cela c’est le yoga dans son sens « union ultime ». On peut dire que le but ultime du hatha yoga est de faire l’expérience du yoga au sens fort.

(…)

Maîtriser le mental en maîtrisant le prana

Il existe une (autre) différence entre le système de raja yoga (yoga royal ou méditatif) de Patanjali et le système traditionnel du hatha yoga. Les auteurs des textes sur le hatha yoga étaient très conscients de la difficulté qu’il y a à contrôler les fluctuations du mental. Il se peut qu’on y arrive pendant un temps, mais on ne peut pas y arriver tout le temps.

Aussi adoptèrent-ils une autre méthode. Les textes du hatha yoga disent très clairement qu’en maîtrisant les pranas, le mental se trouve automatiquement maîtrisé. Il semble que le prana et le mental soient en interaction. Quand les pranas sont agités, cela affecte le mental et vice-versa. Il est vrai que certains trouvent plus faciles de maîtriser le mental que de maîtriser le prana. Peut-être est-il possible à certains d’y parvenir, mais la plupart des gens ne peuvent pas maîtriser le mental par le mental. Plus ils essaient, plus la scission s’élargit.

(…)

Quand on pratique un pranayama (exercice de maîtrise de l’énergie qui vient dans une étape ultérieure à la pratique des asanas) correct, le mental se soumet automatiquement. Cependant les effets du pranayama ne sont pas si simples à gérer. Il provoque une augmentation de la chaleur dans le corps; il éveille quelques-uns des centres du cerveau qui sont en sommeil; il peut modifier la production de sperme et de testostérone; il réduit le rythme respiratoire et modifie la structures des ondes cérébrales. Quand ces changements se produisent, on se trouve parfois en difficulté. C’est pour cette raison que le hatha yoga recommande vivement la pratique préalable des shatkarmas.

(…) Le shatkarma purifie tout l’organisme, et élimine les blocages qui se trouvent sur le passage d’ida et pingala. Quand il n’y a pas de blocages mentaux ou vitaux, le souffle dans les deux narines s’écoulez régulièrement. Quand le souffle s’écoule par la narine gauche, cela signifie qu’ida est actif et donc que le mental est prédominant. Quand le souffle s’écoule part la narine droite, cela signifie que pingala est actif, et que les pranas ont la primauté. Le souffle qui s’écoule en même temps dans les deux narines indique que le système nerveux sympathique et parasympathique sont dans un état d’équilibre.

Si ida circule pendant que vous êtes en train de pratiquer la méditation, vous vous endormirez et votre cerveau produira des ondes delta. Si le souffle s’écoule par la narine droite pendant que vous êtes en train de méditer, votre cerveau produira des ondes bêta, et vous aurez l’esprit encombré de nombreuses pensées en même temps. Quand le souffle passe dans les deux narines de façon égale, cela signifie que la sushumna est en activité. Quand la sushumna circule, on peut méditer sans difficulté. L’éveil de la sushumna est la grande affaire du yoga. Il précède l’éveil de la kundalini.

Dimension du prana

(…) La plupart des gens voient dans le pranayama des exercices respiratoires, mais il s’agit de bien plus. Ayama signifie littéralement « dimension », et non pas « maîtrise ». Ainsi, on pratique le pranayama afin de dilater les dimensions du prana à l’intérieur de soi.

A l’intérieur de nous résident des plans d’existence, des zones de conscience qui nous sont complètement cachées. Ces niveaux recèlent des trésors de beauté et de créativité dont nous n’avons pas idée ordinairement. Comment allons-nous les pénétrer et les illuminer? A quoi sert de discourir sur les différents états de conscience? L’essentiel est de pouvoir les vivre, comme on vit l’état de rêve ou de sommeil. Quand l’énergie pranique est activée et éveillée par la pratique du pranayama, elle se dirige vers des zones obscures de la conscience. Alors la cité intérieure est illuminée et l’homme renaît à une nouvelle dimension de l’existence, une sphère nouvelle de son vécue.

(…)

Le but réel du yoga

Dans les cinquante dernières années (en fait, dans les quatre vingt dernière années), le hatha yoga a été perçu comme une thérapeutique dans le monde entier : de nombreuses études scientifiques justifient ce point de vue. Aujourd’hui, nous enseignons aux gens le hatha yoga comme une nécessité. L’homme s’est rendu malade, et la médecine n’est pas en mesure d’affronter le défi. Le hatha yoga apporte son aide à tout le monde. Sans vouloir minimiser sa valeur curative, nous ne devons pas oublier sa portée réelle.

Derrière tout homme malade, il y a un homme spirituel. Derrière un diabétique, il y a un yogi. Derrière un homme atteint de dépression, il y a un homme en quête de soi. Quand un patient vient chercher de l’aide, enseignez-lui le yoga et rendez le meilleur. Traitez sa maladie, mais ne vous arrêtez pas là. Conduisez-le plus loin dans le domaine spirituel de la vie.

C’est la faute que commettent en Occident la plupart des professeurs de yoga. S’il y a un patient qui souffre d’arthrite, de rhumatismes ou d’insomnie, ils lui enseignent quelques exercices, et c’est tout. Ils ne se servent pas du hatha yoga pour traiter la personnalité toute entière. C’est la raison pour laquelle les professeurs ne sont souvent pas capables d’élever le niveau de leurs élèves. Il ne suffit pas d’améliorer la santé physique. La santé mentale est également susceptible de s’améliorer. La conscience doit changer. La personnalité doit changer. Le cadre psychologique et psychique doit également changer. Se sentir débarrassé de la maladie ne suffit pas, il faut se sentir débarrassé de l’esclavage et des vagabondages du mental. Maintenant est venu le temps où les professeurs, dans toutes les parties du monde, vont comprendre et transmettre le véritable esprit du hatha yoga. »

SWAMI SATYANANDA.

 

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8. Ma Séance de Yoga pour les Vacances

Cette séance a été conçue en cours avec le groupe d’élèves du vendredi après-midi à Bléré. L’idée est née d’une discussion entre deux élèves : « Ça va nous manquer le Yoga pendant les grandes vacances… » « Pourquoi vous ne prenez pas des postures dans les livres, il n’y en a plein qui sont très bien? »  « Parce que ce n’est pas la même chose qu’une séance de Yoga avec le prof. » « Ça vous dirait qu’on improvise une séance pour comprendre comment ça fonctionne? Ainsi vous pourrez la refaire à la maison…« 

L’idée était de partir du ressenti du corps. Qu’est-ce que je ressens à chaque étape de la séance dans mon corps? De quoi a-t-il besoin dans l’étape suivante? Ce qui me conduit à choisir une posture qui réponde à ce besoin.

Dans le même temps, il faut comprendre que le mental reflète et s’identifie exactement à ce qu’il perçoit : le corps. Quand ce dernier est encore de guingois, tendu et douloureux, alors notre mental est lui, tout aussi de guingois, tendu et douloureux. Plus le corps s’égalise, s’équilibre entre ces différentes parties, plus le mental/miroir en fait de même. Toutes les dualités (droite/gauche, haut/bas) du corps se résorbent pour se fondre et ne faire plus qu’UN. A ce moment là, la Conscience/Spectatrice (qui ne connait pas la dualité) apparaît et nous nous installons dans une méditation et une paix intérieure.

C’est cela qui se joue en filigrane dans la séance de Yoga.

1/ Nous commençons par étirer les épaules (le lieu de toutes les tensions du quotidien…). La posture se pratique à droite et à gauche.

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-Nous installons la respiration ici, tout le long du flanc droit. Ou alors nous ressentons la respiration latérale, dans le buste, à droite. L’idée est de bien relâcher l’épaule.

-Cette posture permet d’équilibrer le dos à droite et à gauche. Elle supprime une première dualité dans le corps : droite/gauche. Créant ainsi, un premier apaisement du mental/miroir.

-La posture touche au but quand le souffle se libère dans le demi thorax (ici à droite). Une grande inspiration spontanée suivie d’un soupir, nous signalent un lâcher prise certain dans cette posture. A ce moment là, on peut revenir de la posture. Si l’on décide d’y rester, on entre dans une profondeur méditative de l’Être.

2/Cette torsion se pratique en trois étapes (non visibles ici) :

-Une première, où le visage reste de face et les genoux sont remontés, pieds posés à plat. (nous « respirons » alors dans la colonne vertébrale; la respiration est complète; elle monte et descend tout le long de la colonne vertébrale).

-Une deuxième étape, dynamique : les genoux se dirigent à droite quand le visage se tourne vers la gauche et inversement.

-Une dernière, statique. Pratiquez quelques respirations à droite, puis enchainez de l’autre côté.

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-Dans la première étape nous installons la respiration yogique complète au niveau de la colonne vertébrale. Elle remonte tout son long, du sacrum jusqu’à l’arrière du crâne et redescend par le même chemin, sur l’expiration. Cette respiration nous permet d’avoir un ressenti plus précis du rachis, ce qui prépare aux étapes suivantes.

-Lors de l’étape dynamique, il est impératif de régler la vitesse du mouvement (jambes et crâne) sur la longueur du souffle (je remonte les genoux et amène le visage de face sur les inspirations et descend les genoux (à droite et à gauche en alternance) sur les expirations; la tête roule toujours sur le côté, à l’opposé des genoux). De cette façon, ce n’est plus le mental qui décide de la vitesse du mouvement mais le souffle. A ce moment là, le mental (ce qui pense en moi), se met au service du souffle (ce qui vit en moi); le mental revient à sa fonction, celle d’être un miroir.

-Je reprends ma respiration yogique complète dans la posture de torsion, lorsqu’elle est installée au sol (ne pas oublier de pratiquer des deux côtés).

-La torsion agit sur toute la colonne vertébrale et sur tous les muscles qui la longent et la soutiennent. Les creux lombaires et de la nuque se résorbent. Cela donne une sensation d’unité dans toute la colonne et donc dans le dos (dans le sens de la hauteur). Si l’on observe son mental/miroir, on a alors un sentiment encore plus grand d’apaisement. Le mental commence à devenir comme une eau calme, à ce moment de la séance.

3/Étirement dynamique des jambes, pratiqué en alternance.

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-Je pousse la plante du pied droit vers le ciel à l’inspire et je repose la plante du pied sur l’expire. Puis je recommence avec le pied gauche; je continue en alternant les jambes.

-Comme à chaque fois dans un exercice dynamique, je règle la vitesse du mouvement corporel sur la longueur du souffle.

-L’exercice se poursuit jusqu’à avoir le sentiment que les jambes sont bien étirées et qu’elles sont  à l’équerre (le plus qu’il m’est possible au moment où je pratique; être doux avec soi-même). Un mouvement doux, conscient et en parfaite synchronie avec la respiration est toujours un excellent moyen d’étirer les muscles! La pratique (étirement des jambes et assouplissement des hanches) a un effet incroyable sur tout le reste du corps. La bascule du bassin favorisée par le relâchement des hanches permet à tout le dos de s’étaler et de peser encore plus profondément sur le sol, lors de la pause yogique en shavasana. A ce moment, on peut aussi voir le lien qui existe entre les hanches et les épaules. Ces dernières s’ouvrent encore un peu plus. Nous nous installons, à ce moment là, dans un très grand bien être. Le corps redevient un tout et le mental qui le reflète fidèlement est complètement apaisé.

4/Le Fœtus. Encore trois étapes (ou plus dans cette posture) :

-Au départ les mains sont posées sur le côté des genoux. Les coudes sont écartés et les épaules détendues. Ainsi, le poids des bras pèse sur les genoux. Les gros orteils sont en contact tandis que les genoux sont écartés (en fait se sont les hanches qui sont détendues), ce qui permet de prendre la posture simplement et avec justesse.

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-Dans la deuxième étape, les hanches se relâchent. Le poids des bras permet aux genoux de descendre vers la poitrine (l’effort musculaire peut-être minimum si les épaules sont complètement détendues). La descente peut se faire en plusieurs fois ou en une seule fois si les hanches sont souples.

-Dans la dernière étape, les genoux se logent dans le creux des coudes. A ce moment, la traction et donc la pression sur le ventre sont au maximum et donc intenses.

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-On peut au choix dans cette posture, soit installer sa respiration dans la colonne vertébrale, dans un va et vient permanent qui dure tout le temps de la prise de posture.

-On peut aussi écouter et ressentir le mouvement du souffle dans le corps, alors…

-Dans la première étape, la respiration est abdominale. Elle masse le bas du dos et les hanches. Elle leurs permet de se détendre. Elle prépare en douceur la posture.

-Quand les genoux commencent à descendre sur la poitrine, le souffle se met en mouvement. Il remonte le long de la colonne sur l’inspire et redescend sur l’expire. La colonne vertébrale s’étire alors du bas vers le haut. On peut prendre conscience du sacrum qui se pose au sol et étire les lombaires.

-Le souffle change de direction au moment où la traction est intense avec les genoux logés au creux des coudes. IL s’inverse : l’expiration descend alors que l’inspiration remonte. La nuque s’étire alors considérablement.

-La posture du fœtus agit à la fois sur la colonne vertébrale et les hanches pour peu qu’on laisse la colonne s’aplatir au sol où qu’on ai conscience de cette possibilité d’étirement produit par la posture. Pendant la pause yogique, allongé en shavasana pour ressentir les effet de la posture, nous pourrons percevoir le bas du dos bien posé à plat sur le sacrum, et l’arrière du crâne, lourd et posé parfaitement, sur la petit bosse à l’arrière que l’on appelle Bindu (le chakra lune).

– Durant cette pause yogique et à ce moment-là de la séance, le mental et le corps sont complètement fondus l’un en l’autre. Il n’y a plus de distinction possible entre le corps et le mental.

-Le corps (droite/gauche, haut/bas, hanches/épaules, creux lombaire/creux de la nuque, sacrum/arrière du crâne) est complètement unifié; il n’y a plus aucune dualité en lui. Et le mental qui le reflète ne peut alors que refléter cette unité et faire un, à son tour, avec le corps. Il n’y a plus aucune distinction entre eux et plus de dualité à ce niveau corps/mental, non plus.

-A ce moment, la Conscience/Spectatrice qui était masquée par les déséquilibres (la dualité) du corps, du souffle et de la pensée peut apparaître.

-Nous nous sentons profondément apaisé et c’est très bien, mais il faut savoir le mécanisme sous-jacent à cet apaisement : quand toutes les dualités propres aux fluctuations de la Vie sont égalisées, alors la Conscience qui est Une, sans second, apparaît. On peut la reconnaître ainsi : elle est spectatrice, elle n’agit en rien et donne un sentiment de permanence (quelque chose sans début ni fin). On est alors en état de méditation (ou état de Yoga), centré, percevant les choses du monde sans s’y arrêter, sans produire de commentaires, en silence… et bien en soi.

5/La demi lune au sol se pratique à droite et à gauche.

-A ce moment de la séance, nous pouvons plonger un peu plus profondément en nous-même.

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-La respiration peut être active. Ce qui veut dire que l’on déplace le ressenti/mental tout le long du côté. Nous synchronisont ce mouvement/mental avec le mouvement du souffle, dans sa longueur. J’inspire en déplaçant mon mental vers le haut du pied jusqu’à la main, je ressens les tensions notamment dans mon épaule, que je relâche avec l’expiration qui redescend tout le long du côté.

-L’autre méthode n’utilise plus le mental mais la Conscience qui n’est qu’écoute du mouvement du souffle, spécifique à la posture de la demi lune (une autre posture pouvant produire un autre mouvement respiratoire dans le corps; voire le fœtus). L’inspiration mobilise le ventre sur le côté puis remonte jusqu’au demi thorax, l’expiration redescend sur le même côté (ici à droite).

-Il n’y a qu’à observer et se laisser faire. Le souffle/énergie se mêle à la Conscience.  Tous deux (j’écris ici au masculin car il s’agit d’un couple symbolique masculin/féminin et le masculin l’emportant en français…) ne font plus qu’un. La dernière dualité (et celle-là est première, elle arrive avant totes les autres) s’est résorbée. Nous en sommes alors dans un état d’être où il n’y a plus de coupure entre la Conscience (représentée par le dieu Shiva) et la manifestation de la Conscience, l’Energie à l’origine de tous les aspects matériels du monde (représentée par la déesse Kali, sa parèdre). 

-Cela peut paraître ésotérique. C’est pourtant toute la technique concrète du hatha-Yoga : être dans un état de lâcher-prise telle que l’on puisse devenir (s’identifier à) cette Conscience/Spectatrice. Nous ressentons les sensations du corps sans intervenir mentalement, sans en changer le sens. Nous écoutons le souffle qui est énergie (prana) et dont l’action est formidable. Les deux qui ne font plus qu’Un, agissent alors puissamment dans tout notre être sans que nous ayons besoin d’intervenir! Juste écouter… chuuuut, silence…

-Cette posture unifie le corps encore un peu plus : entre la droite et la gauche et entre le haut et le bas du dos. Elle nous fait entrer dans nos profondeurs, nous unifions aussi à ce niveau.

6/La demi lune (debout), des deux côtés et en trois étapes.

-Debout, les pieds écartés de la largeur des hanches, nous remontons les bras sur les côtés. Nous attrapons, au-dessus de la tête un coude dans une main. Le corps est encore droit. Nous laissons retomber les épaules, l’avant-bras plié revient en contact avec le haut du crâne. Nous amenons le poids sur les talons. Les orteils se décollent du sol et nous perdrions l’équilibre si nous ne poussions pas le pubis devant nous. Nous le poussons donc, ce qui est une manière de dé-cambrer. Ainsi, le bas du dos est protégé.

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-La deuxième étape est dynamique. Nous nous installons en plusieurs mouvement dans la posture définitive.

-La posture définitive enfin, qui est le maximum que je puisse réaliser aujourd’hui (sans rien forcer).

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-Dans la première étape, nous respirons tout le long du côté où le bras est relevé pour développer une sensibilité propre à ressentir précisément toutes les sensations même les plus fines du sus-dit côté. 

-Dans l’étape dynamique, nous prenons conscience du côté du buste étiré, sur les inspirations et nous laissons le flanc s’étirer sur les expirations. Nous entrons dans la posture en trois respirations complètes (inspire/expire).

-Dans la dernière étape, la posture est installé et nous veillons à vivre totalement la posture dans la technique et l’efficacité du Yoga. Conscience de la partie étirée à l’inspire et lâcher prise et à l’expire.

-Déhancher dans la posture permet d’équilibrer parfaitement le pois sur les deux pieds. L’étirement est latéral. Il s’effectue de la crête iliaque jusqu’au bout des doigts. Bien penser à dé-cambrer dans la posture pour ne faire subir aucun dommage au dos!! 

-La demie lune permet aux épaules de reculer sur la cage thoracique et à celle-ci de s’ouvrir. Ainsi, le souffle (l’inspiration) devient plein. La poitrine s’ouvre au niveau du lieu du cœur. Nous passons à ce moment là d’une paix ressentie à une plénitude, une joie de vivre et une belle confiance. Cette posture n’est pas un pranayama (une pratique du souffle et de l’énergie), mais elle libère tellement au plan respiratoire, qu’elle peut être considérée comme une étape, une approche du pranayama.

7/ La salutation au soleil.

-Elle lie ensemble le corps, le souffle et le mental dans un même mouvement, redonne de l’énergie et tonifie tout l’être!

8/ L’équilibre.

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-Il faut fixer un point imaginaire du regard, au sol ou sur le mur en face de soi. Ainsi le mental est fixe lui aussi sans pensée ni fluctuation. 

-L’équilibre c’est la durée. Ce serait passer de cette plénitude vécue toute à l’heure avec le souffle et l’expansion de la cage thoracique dans la demie lune debout, à la béatitude. C’est à dire faire l’expérience de la permanence, celle-ci associée à la plénitude du souffle et ainsi recréer le couple Conscience/Energie et ainsi, se rapprocher un peu plus d’une fusion des deux. Avec les deux faire UN dans un présent sans cesse renouvelé, c’est à dire infini. 

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7. La relaxation

Allongé sur le dos, les bras le long du corps,

Les paumes des mains tournées vers le ciel,

Les épaules basses (je ne laisse pas les épaules en direction des oreilles),

Les pieds basculent à droite et à gauche,

Je relâche tout le corps,

Et je vais commencer par le très bas du corps :

Je relâche les orteils,

Je détends les coups de pieds,

Je relâche les plantes de pieds,

Je détends les talons,

Je relâche les chevilles,

Je décontracte les mollets,

Et je déverrouille l’arrière de genoux,

Je relâche les gros muscles des cuisses,

Je détends tout le bassin,

Je relâche le ventre,

Et puis je m’installe dans le bas du dos que je relâche à son tour,

Je remonte par devant, je laisse la poitrine s’ouvrir, au niveau du lieu du cœur, milieu poitrine,

Et maintenant dans le haut du dos, que je relâche à son tour,

Je le laisse se répandre au sol, se fondre avec le sol,

Je détends la gorge,

Je relâche le menton,

De la pointe du menton jusqu’aux oreilles, je relâche le mâchoires inférieures,

J’en profite au passage pour détendre les oreilles,

Je dessers les lèvres,

Je laisse la langue peser dans l bouche,

Je détends les joues à l’intérieur comme à l’extérieur,

Je défroisse les ailes du nez,

Je déplisse les paupières,

Je laisse les yeux peser dans leur cavité oculaire,

Je vais dérider tout le front comme si une grande vague déroulait de la droite vers la gauche,

Je relâche tout le cuir chevelu,

Je détends la nuque,

Puis je vais relâcher les doigts des mains, le dos des mains, les paumes des mains,

Je détends les poignets,

je relâche les avant bras, les coudes, les bras… et enfin les épaules.

Cette relaxation peut prendre 15 mn en tout. 5 mn pour la relaxation en elle-même. 5 mn de détente en silence et 5 mn pour éveiller et étirer le corps en douceur. Un petit conseil : enregistrez le son de votre propre voix pour vous offrir à vous-même ce moment de relaxation.

SINON ET CI-DESSOUS, UNE VERSION ENREGISTREE EN COURS :

 

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6.Le spectateur dans le yoga, Entre technique yogique et identité profonde.

 

Sutra II.17. Drashtri-drishayohsamyogohéya-hétuh.

 

« L’identification entre celui qui voit et ce qui est vu constitue la cause première de la douleur qui peut être évitée.  »

Le Hatha-Yoga est lié à la doctrine qui se nomme Samkhya.

La pratique permet de vérifier ou de contredire la théorie. C’est donc un moyen d’expérimentation subjective et libre qui passe par l’introspection, l’intériorisation et le ressenti.

La théorie éclaire la pratique. Elle est une référence qui permet de ne pas dévoyer le Yoga et qui permet à chacun de rester sur le bon chemin quant à sa pratique. Le Samkhya donne des directions, permet d’effectuer des liens de sens, donne à regarder à l’endroit juste.

La pratique, le Hatha-Yoga et la théorie, le Samkhya forment donc un système indissociable. Et si les élèves des cours de Hatha-Yoga n’en ont pas toujours conscience, les professeurs eux, se doivent de faire référence à ces textes, même de manière allusive. C’est la garantie absolument nécessaire d’une pratique authentique, c’est-à-dire dans la tradition de la transmission !

L’ouvrage qui nous intéresse ici, et qui fait référence estYoga-Sutra écrit par Patanjali entre le 2ème siècle avant JC et le 5ème siècle après JC.

Il est constitué de 195 sutras, ou versets qui abordent tous les aspects du Yoga propre à la Réalisation ou la Libération de l’individu. C’est le seul but que visent le Samkhya et la pratique du Yoga à l’origine. But commun au Bouddhisme et au Védanta.

Le Yoga-Sutra de Patanjali est déjà une révolution en soi. Le Yoga existe à peu près depuis trois mille ans quand Patanjali le rédige. Il se transmet jusqu’alors uniquement de manière orale. Patanjali ouvre, sans le savoir peut-être, une possibilité de « démocratisation » du système Yoga – Samkhya.

En occident, on ne perçoit souvent que la dimension corporelle, la pratique posturale ou des Asanas, le Pranayama ou l’exercice du souffle.

Mais le Yoga recouvre d’autres aspects qu’il faut avoir présent à l’esprit si l’on veut percevoir toute la dimension du Yoga et ne pas le réduire seulement à une pratique corporelle.

Ce serait passer à côté de l’essence même du Yoga et donc passer à côté du Yoga, tout entier.

Alors Patanjali propose un cheminement et une discipline plus large que la seule pratique des postures. Le Yoga selon Patanjali recouvre huit aspects qui sont nommés les « huit membre de Patanjali  ou ashtanga Yoga » :

1er-Les règles de vie dans la relation aux autres – Yama

2ème-Les règles de vie dans la relation à soi-même – Niyama

3ème-La posture – Asana (qui sous-entend l’immobilité) : Patanjali quand il parle de posture, parle uniquement d’assise propre à la médiation.  Mais nous pouvons étendre son propos à toute la pratique du Hatha-Yoga sans risque de dévoyer son écrit ou l’esprit de Patanjali.

4ème-La pratique de la respiration – Pranayama (à la fois allongement et suspension du souffle)

5ème-L’écoute intérieure – Pratyara (ou retrait des sens)

6ème-L’exercice de la concentration – Dharana

7ème-La méditation – Dhyana (qui peut être comprise comme une concentration qui ne connaît pas d’interruption)

8ème-L’unité intérieur – Samadhi (la Réalisation, la libération, le but à atteindre)

Yama-niyama-asana-pranayama-pratyara-dharana-dhyana-samadhayo asthav angani.

« Yama niyama asana pranayama pratyara dharana dhyana samadhi sont les huit membres » II.29

Pour Patanjali et d’après les commentaires des yogis qui l’ont suivi, ces huit membres ou postulats doivent se pratiquer et se vivre selon cet ordre et sur une longue période en passant de l’un à l’autre quand le disciple est prêt. Pour aboutir au Samadhi.

A l’époque où Patanjali écrit, la pratique sacrée du Yoga est réservée à un très petit nombre d’initiés, triés sur le volet. Je vais citer les sutras suivant pour vous donner une idée du degré d’exigence demandé alors. Les sutras qui suivent décrivent les deux premiers membres Yama et Niyama qui sont chacun constitué de cinq règles différentes.

Ils viennent quasiment après le sutra II.29 qui est l’énumération des huit membres. Il s’agit du II.30 qui énumère les cinq règles de vie tournée vers les autres (Yama) et du II.32, les cinq règles de vie tournées vers soi-même.

« Les Yamas sont la non-violence, la vérité, le désintéressement, la modération, le refus des possessions inutiles. » II.30

Ahimsa-satya-asteya (le fait de ne pas voler)-bramacharya (à la fois chasteté et modération)-aprigraha yamah.

Les Niyamas, maintenant :

« Etre clair dans ses pensées et ses actes, être en paix avec ce que l’on vit, sans désirer plus ou autre chose, pratiquer avec ardeur, apprendre à se connaître et à agir dans le mouvement de la vie, telles sont les règles de vie que propose le Yoga. » II.32

Shaucha (pureté et honnêteté)-samtosha (contentement)-tapah (ascèse, pratique intense)-svadhyaya (connaissance de soi et des textes)-ishvarapranidhanani (lâcher prise total, abandon à dieu, le mektoub arabe).

On le voit, ce qui fait beaucoup de règles et de préalables à respecter avant la pratique des postures et de l’exercice du souffle !

Je ne sais pas pour vous mais pour moi, ça fait beaucoup !

Et certainement, aucun d’entre nous n’avions tout à fait intégré, toutes ces règles avant la pratique des Asanas. Et aujourd’hui encore il se peut que tous, nous ne respections pas tout à fait ces règles…

Même si Patanjali glisse entre les deux dans le sutra II.31 :« Ils constituent une règle universelle, car ils ne dépendent ni du mode d’existence, ni du lieu, ni de l’époque, ni des circonstances. »

Il est un fait, c’est que chacun d’entre nous, avons commencé par Asana, la posture. Et souvent, non pas par une aspiration au sacré mais pour un mieux-être mental ou physique, pour éliminer des douleurs, des souffrances.

C’est pour cette raison que j’attire aujourd’hui votre attention sur ce sutra II.17 : « L’identification entre celui qui voit et ce qui est vu constitue la cause première de la douleur qui peut être évitée.  »

Une belle promesse. Mais quel rapport avec l’asana, avec le Hatha-Yoga, si ce sutra s’avère exacte ? Puisque qu’il ne parle a priorique de douleur et non pas de posture.

Le rapport ? Nous pouvons en faire directement expérience dans la pratique. Sans besoin d’analyse. Je pratique une torsion et je soulage mon mal de dos. Je termine ma séance de Yoga et je me sens détendu, mieux dans ma peau. Je pratique chien et chat, pendant une année, tous les jours, et je supprime mes sciatiques, à vie.

Normal ?! Cela tombe sous le sens. C’est une évidence. J’ai mal au corps, je pratique avec le corps.

Mais poussons l’investigation un peu plus loin. Chacun d’entre nous avons fait expérience d’autres pratiques de bien-être ou d’élimination de la douleur. Par exemple : la prise de médicament. Une aspirine pour éliminer les courbatures. Ça fonctionne très bien. Un massage pour être détendu. Une séance d’ostéopathie pour remédier à un mal récurrent. Des séances de kinésithérapie pour une rééducation après un accident. Tout cela fonctionne très bien.

Mais en l’évoquant, on se souvient et on perçoit bien que chacune de ces expériences directes sont différentes les unes des autres et de la pratique du Hatha-Yoga.

(Alors quand je parle d’expérience directe je veux dire qui ne passe pas par l’analyse, mais qui passe par le ressenti corporel, directement.)

Et donc quelle est la spécificité du Hatha-Yoga ? On se souvient qu’il s’agit d’un système. Hatha-Yoga et Samkhya. Pas l’un sans l’autre. Pratique et théorie. Ou pour dire autrement, la pratique corporelle et la réflexion théorique (pratique intellectuelle). Toutes les deux s’étayent, se soutiennent l’une-l ‘autre. Le pratiquant d’un Yoga authentique avance entre ces deux formes de connaissance.

Je nous ramène donc à une règle prescrite dans Yoga-Sutra pour éclairer notre pratique corporelle et notre ressenti direct ; extraite de Niyama (les règles qui sont tournées vers nous-même) : Svadhyaya qui est traduit tout à la fois par étude de soi et des textes sacrés !

J’insiste et je m’appuie sur ce précepte car il nous renvoie premièrement, à l’usage du texte. Ce que nous sommes en train de faire maintenant, concrètement.

Et puis, cela nous renvoie aussi au « connais-toi toi-même », (« gnothi seauton ») de Platon.

Le philosophe Hegel voit ce « connais-toi toi-même » comme le signe d’un tournant majeur dans l’histoire de l’esprit, je devrais préciser en occident. Car Socrate en se réclamant du « connait-toi toi-même » de Platon fait de la conscience intérieure, l’instance de la vérité et donc de décision. Et sincèrement, si je n’avais pas expérimenté concrètement le Yoga éclairé à la lumière du Samkhya, je ne serais pas en mesure de comprendre Hegel, Socrate et Platon.

 

 

Alors disons qu’il y a un lien possible avec notre culture occidental. Nous sommes d’une certaine manière en terrain connu. Nous admettons culturellement que nous pouvons nous connaître, ou apprendre à nous connaître.

Mais revenons à Svadhyaya. Cette règle participe d’un système vivant, transmis sans interruption depuis 5 000 ans.Cette tradition est vivante, c’est-à-dire que sa méthode, ses techniques le sont aussi. Nous savons comment procéder pour avancer.

 

« Celui qui voit, ce qui est vu, et identification », trois termes ou locutions à définir, mais pas seulement.

Je vais vous demander d’accepter, le cas échéant, l’idée que vous puissiez ne pas comprendre aujourd’hui.

Car il s’agit de cheminer ensemble ; de cheminer spirituellement. Peut-être pas dans l’ordre que nous indique Patanjali avec les huit membres, mais de bien prendre conscience, que ce que nous tentons ensemble aujourd’hui, c’est d’avancer et peut-être de franchir une étape spirituelle. Nous ne sommes pas dans une démarche intellectuelle mais bien dans une démarche spirituelle. Ce qui veut dire au moins deux choses concrètement et tout de suite :

1-D’une certaine manière, le temps est aboli et ce que je suis en train de vivre ici toute de suite aura une incidence sur moi ou ma compréhension des choses, peut-être beaucoup plus tardive. Cheminer spirituellement est comparable à un apprentissage. Cela demande du temps et des étapes (les huit membres, même s’ils ne sont pas effectuées dans l’ordre !).

Arnaud Desjardin qui était un français, Réalisé dans la voie de l’Advaïta Védanta (une des voies spirituelles possible en Inde) écrit dans son ouvrage Adhyatma Yoga, A la recherche du Soi : « Mais en vérité, quand on aborde un enseignement ésotérique, il faut au contraire admettre que l’on ne comprendra que peu à peu, à travers les mois et les années. Il faut recevoir certaines vérités et se dire : « Je ne les comprends pas, je ne peux pas les comprendre aujourd’hui, je les garde en réserve et à mesure que je vais me transformer intérieurement, je vais les comprendre de mieux en mieux. » »

Donc du temps et rester ouvert à d’autres points de vue.

2- Le deuxième point, c’est que nous sommes tous absolument singuliers, différents ! Je prends cet exemple : j’ai parlé de cheminement spirituel. Chacun d’entre nous avons une représentation liée à ce terme. « Spirituel », le terme évoque certainement pour chacun d’entre nous des choses différentes et des ressentis différents.

Si, je suis athée, je vais peut-être me dire : « mince qu’est-ce que je suis venu faire dans cette conférence ? »

Et si je suis croyant : « Ah, enfin ! Nous parlons de Dieu ! »

Pour ma part, je vous dis comment je me situe par rapport à cela. Pour que vous puissiez peut-être vous faire une idée de mes représentations. Je suis Athée. Dans le sens que je ne fais pas du tout confiance du tout en ce terme « Dieu », et dans ce qu’il m’en a été dit. (au passage, confiance et croire participe de la même étymologie, ont la même racine). Et pourtant, je recherche et j’ai conscience d’un Absolu qui dépasse et relativise toutes les petites «croyances humaines » au quotidien, et ce depuis l’enfance.

Quand je vous dis cela, je vous parle non pas d’une vérité spirituelle ou matérielle que je pourrais défendre contre les matérialistes ou les spiritualistes de tous poils.

Je ne vous parle strictement et uniquement que de mon ego et de mon mental. C’est-à-dire comment le réel est coloré, déformé ou bien voilé par mon histoire personnelle et familiale, par ma culture occidentale, par toutes mes expériences accumulées depuis ma naissance et avant ma naissance !

Mon tout premier travail, mon tout premier retournement, est donc de prendre conscience de la valeur relative de mon point de vue, même si c’est la seule chose dont je dispose pour aller à la rencontre du monde.Vous pouvez maintenant comprendre comme cela peut nécessiter du temps et de la difficulté… Il s’agit bien d’un cheminement.

Ayant décrit mon point de vue qui constituent mon ego et mon mental, j’ai cru me décrire. Mais est-ce que ces caractéristiques, cet ego, sont bien moi ?

Je vous invite à faire de même avant de continuer la lecture de ce texte.

 

Si je reprends le sutra II.17, je peux répondre catégoriquement : ce n’est pas moi ! Puisque ces caractéristiques qui constituent mon ego, je les vois ; c’est ce que qui est vu. Je prends donc conscience que je m’identifie à ces caractéristiques et à cet ego. Et cette identification est donc fausse. Même si j’ai appris à m’identifier à cet ego depuis l’enfance.

Mon vrai moi est Celui qui voit. Selon le sutra II.17. Et Celui qui voit, la tradition indienne lui donne une multitude de noms. Celui qui voit, le Spectateur, le Témoin, le Soi, la Conscience et bien d’autres encore : Dieu et tous les noms de Dieux possible ! Le tout avec des majuscules!

Alors comment se faire une idée du Soi avec un grand « S » ou de la Conscience ou Conscience universelle ?

Je vais encore puiser dans le Védanta pour donner une « définition » concrète ou technique de la Conscience témoin.

Mais avant de citer le propos, quelques mots sur son auteur. Peut-être pour vous mettre un peu dans l’ambiance indienne qui est si éloignée de notre ambiance matérialiste en Occident ? Pour évoquer qu’en Inde, le sacré est non pas une chose banale mais une chose courante qui ne fait pas de doute.

Ramana Maharshi est un des plus grands sages et maîtres spirituels de l’Inde moderne. Il est venu pour transmettre l’ancienne Sagesse de l’Advaïta-Vedanta (advaïta = non-dualité) sous une forme nouvelle, simple et claire, basée sur sa propre expérience et a rendu accessible à l’homme d’aujourd’hui le jnana-marga, la voie de la connaissance.

A l’âge de 16 ans, il fit l’expérience profonde du Soi sans jamais avoir reçu l’enseignement d’un gourou. Il devint instantanément un sage qui, à partir de cet instant demeura toujours conscient de son identité avec l’absolu. (…)

C’est en juillet 1896 que sa grande transformation eut lieu. Venkataraman était dans sa dix-septième année. Plus tard Shri Ramana décrivit lui-même ce qui se passa à cet instant :

« J’étais assis seul dans une pièce du premier étage, dans la maison de mon oncle. Comme d’habitude, ma santé était parfaite, mais soudainement une peur violente de la mort me saisit sur laquelle on ne pouvait se tromper. J’eu la sensation que j’allais mourir. Il ne se passait rien dans mon corps qui pouvait expliquer cette sensation et je ne pouvais me l’expliquer moi-même. Je n’ai pas cherché à savoir si la peur était bien fondée. J’ai senti « je vais mourir » et aussitôt je me suis demandé ce qu’il fallait faire. Faire appel à des docteurs, à la famille ou des amis ne m’importait pas. J’ai senti que je devais résoudre le problème moi-même sur-le -champ.

Le choc causé par la peur me rendit aussitôt introspectif. Je me suis demandé : « maintenant que la mort est là, qu’est-ce que cela signifie ? Qu’est-ce qui meurt ? C’est ce corps qui meurt. » Aussitôt j’ai mimé la scène de la mort. J’étendis mes membres en les tenant raides comme si la rigidité cadavérique s’étais installée. J’imitai la condition d’un cadavre pour donner un semblant de réalité à mon investigation. Je retins ma respiration et serrai les lèvres pour qu’aucun son ne pût s’en échapper, pour que le mot « je » ou tout autre mot ne pût être prononcé. « Eh bien ! me dis-je, ce corps est mort. Tout rigide, il sera transporté au champ crématoire où il sera brûlé et réduit en cendres. Mais avec cette mort du corps, suis-je mort moi-même ? Ce corps est-il le « je » ? Il est silencieux et inerte, mais je sens la pleine force de ma personnalité et même le son « je » en moi…, séparé du corps. Ainsi « je » suis un esprit, quelque chose qui transcende le corps. Le corps physique meurt, mais l’esprit qui le transcende ne peut être touché par la mort. Je suis donc l’esprit immortel.

Tout cela n’était pas un simple processus intellectuel. Tout jaillissait devant moi comme la vérité vivante était que je percevais directement, presque sans raisonnement. Le « je »  était quelque chose de très réel, la seule chose réelle en cet état ; et toute l’activité consciente en relation avec le corps était centrée sur lui. Depuis cet instant, le « je » ou mon « Soi », par une fascination puissante, fut le foyer de toute mon attention. La peur de la mort s’est évanouie instantanément et pour toujours. L’absorption dans le Soi s’est poursuivie dès lors jusqu’à ce jour. D’autres pensées s’élèvent et disparaissent comme diverses notes de musique, mais le « Je » demeure toujours comme la shrutti, la note sous-jacente qui accompagne les autres notes et se confond avec elles. Que le corps fût occupé à parler, lire ou quoi que ce soit d’autre, j’étais toujours centré sur le « Je ». Avant cette crise je n’avais pas de perception claire du « Je » et je n’étais pas consciemment attiré vers lui. Je ne ressentais pour lui aucun intérêt directement perceptible ; encore moins la tendance à demeurer en lui d’une manière permanente. »

Les chercheurs de vérité, ainsi que les innombrables visiteurs qui venaient le voir à la sainte montagne Arunachala voyaient en lui un sage d’une pureté sans égale et qui incarnait la vérité éternelle des Upanishad. Nombreux sont les témoignages de ceux qui se sentaient transformés en sa présence et ont eu un avant-goût de la félicité devant laquelle les plaisirs du monde s’effacent d’un seul coup.

Ramana Maharshi et la montagne Arunachala sont indissociables. Située en Inde du Sud, Arunachala est reconnue comme un des hauts lieux les plus sacrés de l’Inde. C’est là que Shri Ramana a vécu à partir de sa dix-septième année jusqu’à la fin de sa vie terrestre. »

Ce qui est décrit là par Ramana Maharshi est le 8ème membre de Patanjali. L’unité intérieure ou l’union avec la Conscience. Le terme Advaïta a été aussi évoqué. Il s’agit de la non-dualité.

Alors comment définir le Soi ou la Conscience universelle ? Ramana Maharshi dit d’elle : « Ce en quoi on ne voit ni n’entend rien d’autre… c’est l’infini. » verset 24.1, chap. VII de Chandogya-up.

 

Alors comment le reconnaître une fois allongé sur le tapis ? Ramana Maharshi nous dit : « On n’atteint pas le Soi. S’il fallait l’atteindre, cela voudrait dire que le Soi n’est pas toujours ici et maintenant, mais qu’il doit être obtenu comme quelque chose de nouveau. Ce que l’on obtient comme quelque chose de nouveau sera aussi perdu ; ce sera donc impermanent. Ce qui n’est pas permanent ne mérite pas d’être recherché. C’est pourquoi je dis que l’on n’atteint pas le Soi. Vous êtes le Soi. Vous êtes déjà Cela. Le fait est que vous ignorez votre état de Félicité. L’ignorance survient et étend un voile sur la pure Félicité. Les efforts servent uniquement à dissiper cette ignorance. L’ignorance consiste en une fausse identification du Soi avec le corps, le mental… Cette fausse identification doit disparaître. Il ne restera alors plus que le Soi. »

Je vous cite un autre sutra de Yoga-Sutra le 2 du chap. I : « Yogashchittavrittinirodhah » ; qui veut dire : « Le Yoga est l’arrêt de l’activité automatique du mental. »

Et le suivant le 3 du chap. I : « Alors le Spectateur (le Témoin, le Soi) s’établit en lui-même (dans sa propre essence). »

Je vous renvoie là, à votre propre expérience de pratiquant de Yoga. Rappelez-vous. Lors de la prise ou de l’entrée dans une posture d’équilibre, ce qui est demandé, c’est de fixer le regard. Pourquoi ? Parce qu’un regard fixe produit un arrêt du mental. Et un arrêt des fluctuations automatiques du mental permet au pratiquant d’être en lien avec l’Essentiel, le Spectateur. « Identifié au Spectateur ».

La « réussite » de la posture n’est qu’une conséquence du fait, que le pratiquant, ne s’identifie désormais plus à ce qui est vue. Et ici ce qui est vu ce sont déjà les fluctuations du mental ; il ne s’identifie plus à ce qui est vu mais à Celui qui voit.

C’est en cela que Ramana Maharshi nous dit que le Soi est déjà là. Et avec notre pratique du Hatha-Yoga, nous pouvons vérifier, directement, immédiatement ce fait.

Et si la posture reste vacillante… Yoga-Sutra de Patanjali le 4 du chap. I : « Autrement, il y a identification avec les modification de la chitta. »

« Le Yoga est l’arrêt des fluctuations automatiques du mental. »

Alors le Spectateur s’établit en lui-même.

Autrement, il y a identification avec les modifications du mental. »

 

 

Je vous cite le sutra 2 du chap. II : « Le voyant est pure conscience seulement, mais en dépit de sa pureté, il semble voir à travers le concept mental. »

Swami Satyananda Saraswati commente ce sutra de cette façon : « Le drashta est le voyant qui connaît le drishya (le vu). La connaissance n’aurait pas lieu s’il n’y avait pas de sujet, mais seulement un objet. La connaissance surgit quand il y a à la fois sujet et objet ; si l’un des deux fait défaut, on ne peut pas avoir de connaissance. Dans le yoga, celui qui voit est pure Conscience. (…) Le voyant est très pur, mails voit par le canal d’un concept mental. S’il y a un abat-jour coloré autour d’une lampe, on peut dire du dehors qu’il y a une lumière mais cela ne signifie pas que nous voyons la source de la lumière telle qu’elle est. De la même manière, le Purusha est pur, mais il semble impur à cause du mental.  (…) Ainsi pour purifier les éléments de la Connnaissance, est-il toujours nécessaire d’éliminer les concepts mentaux (pratyaya). »

« Comment peut-on mettre le mental rebelle sous contrôle ? » demande un visiteur à Ramana Maharshi.

« Soit vous recherchez sa source pour qu’il disparaisse, soit vous vous abandonnez pour qu’il soit détruit.

Q : Mais le mental échappe à notre contrôle.

RM : Laissez le faire. N’y pensez pas. Quand vous vous en souvenez, reprenez-le et retournez le vers l’intérieur. Cela suffit.

Personne ne réussit sans effort. Le contrôle mental n’est pas un droit de naissance. Les rares réussites sont dues à la persévérance. »

Les trois ouvrages dont sont extraits les traductions :

-Yoga-Sutras de Patanjali aux éd. Albin Michel, collection Spiritualité Vivante, traduction et commentaires de Françoise Mazet.

-Propos sur la Liberté, commentaires des Yoga-Sutras de Patanjali, éd. Satyanandashram par Swami Satyananda Sarasvatî, traduction de Micheline Flack.

-L’enseignement de Ramana Maharshi, Nouvelle Edition Intégrale aux éd. Albin Michel, collection Spiritualité Vivante, traduction de Eleonore Braitenberg.

 

 

 

 

 

 

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5. SURYANAMASKAR, la Salutation au Soleil.

 

J’ai le plaisir de retranscrire ici une partie de l’article de Boris TATZKY (avec son aimable autorisation) au sujet de la salutation au soleil. Je l’en remercie vivement! L’article est tiré de la revue « LES CARNETS », de mai 1992, n°139.

Je m’attacherai plus particulièrement à retranscrire les parties de l’article ayant traits à l’origine et au symbolisme de Suryanamaskar. Les parties en italique sont de mon cru. Elles visent à éclairer le lecteur (notamment mes élèves), car d’une Ecole à l’autre de Hatha Yoga, nous ne mettons pas toujours les mêmes noms sur une même posture. D’autres fois, la technique varie un peu. Ici, suryanamaskar est quasi identique à ce que nous pratiquons en cours :

« Origine de Suryanamakar

L’origine de suryanamaskar (surya = soleil, namaskar = salutation) serait attribuée aux Perses. Ce peuple, en effet, connut une religion monothéiste dont le Dieu Suprême « Ahura-Mazda » était appelé « Seigneur de la lumière et du ciel », il n’en continua pas moins à idolâtrer des dieux primitifs tel que Mithra (le soleil) et Anaita (déesse de la fertilité et de la terre). Au VIIe siècle les Parsis, fuyant l’Islam, s’installèrent en Inde et se groupèrent autour de Bombay.

Il faut noter au passage qu’en Inde le panthéon des « forces de la nature » fut plutôt dominé par Indra porteur de foudre, dieu de la tempête, des pluies fertilisantes.

Un rituel solaire se serait peu à peu intégré dans les pratiques yogiques.

De nombreuses écoles de yoga en Inde ont adopté la salutation au soleil, mais toutes n’y adhèrent pas.

Il en existe différentes formes; celle détaillée ici s’inspire de ce qui est enseigné par l’école de Dhirendra Brahmachari située à New Delhi.

Toutefois chaque école envisage elle-même plusieurs variantes modifiant quelque peu la technique de base. Une maxime traditionnelle nous informe qu' »il existe autant de manière de pratiquer Suryanamaskar qu’il y a de yogi sous le soleil »!

Symbolisme de suryanamaskar

Suryanamaskar représente le cycle de toute vie, depuis le non manifesté s’incarnant dans la matière, jusqu’au retour au non manifesté ayant acquis une conscience supérieure. Il symbolise aussi la démarche générale du Yoga.

En occident, la salutation au soleil se pratique comme un exercice merveilleux d’efficacité, nous reliant à la vie, composé de 12 mouvements qui s’enchaînent et dont certains se retrouvent, s’inversant dans leur exécution.(12 représente, entre autres, la révolution de la terre autour du soleil en 12 mois lunaires.)

Suryanamaskar commence par une posture d’unité (la posture de départ), de recentrage (Samasthiti) représentant la plénitude du vide, le rassemblement de toutes les virtualités. Les paumes de mains jointes (namasté) expriment les énergies non différenciées, unies. Tenue poumon vide, elle est l’expression de l’immobilité, de l’attente. Rien n’est exprimé. C’est l’avant fécondation, l’avant « big-bang ».

Puis le premier inspir entraîne le mouvement initial, l’ouverture (quand les mains montent vers le ciel), la naissance de l’être humain; sur le plan cosmique c’est le début de la manifestation. L’apparition de la dualité, des polarités s’expriment par la séparation des bras (ici, nous ne pratiquons pas tout à fait de la même manière; nous gardons les mains liées ensembles par les pouces, index et majeur qui forment ensemble un triangle tête en haut. On peut y lire dans cette pratique aussi, un mouvement du multiple; trinitaire ici, qui lie ensemble le mental et le corps par le souffle); l’être est encore orienté vers le transcendant comme l’indique la paume des mains (ou la pointe du triangle) et le regard dirigés vers le ciel. Le monde matériel a encore peu d’impact. La force vitale commence doucement à entrer en action.

La flexion en avant (uttânâsana) marque le passage à la matérialisation. Les mains touchent la terre. L’action se concrétise. La concentration de l’attention, lors de cet expir profond, dans l’abdomen va permettre aux énergies les plus grossières de s’y fixer afin d’accroître la vitalité physique nécessaire aux étapes ultérieures. La conscience progresse lentement dans la matière.

Dans le salut du guerrier, du héros bénéfique (la fente) (virabhadrâsana), l’homme utilise ses énergies physiques et spirituelles par un inspir dynamique. C’est l’hommage à la lumière qui habite le monde Le genou fléchi en terre marque l’humilité, le respect de l’homme face au créateur, tandis que l’ouverture  de la poitrine exprime la dimension de générosité que doit avoir toute action. Le regard dirigé droit devant soi est signe de franchise.

Le chien qui s’étire face tournée vers la terre (Adhomukha Svanâsna) (pour nous appelée la montagne) : l’homme prend appui fortement sur le sol pour construire sa posture, tout comme sa vie. C’est une empoignade avec le monde de la matière qu’il va falloir domestiquer, transformer. Les pieds (symbolisant le contact avec les réalités) et les mains (exprimant une idée de possession, d’affirmation) vont conjuguer leurs efforts pour permettre à la tête de se rapprocher du sol, afin que l’esprit guide la matière. Cette prise de conscience est indispensable pour atteindre l’étape de la maturité. L’étirement de la face ouest du corps (le dos), correspondant au non-conscient de l’être, tend à éveiller l’intelligence intuitive.

L’expir profond et le regard dirigé vers l’abdomen accentuent encore le rôle prépondérant de l’énergie caractéristique de cette zone utile pour positiver sa vie.

La posture du fœtus (Garbhâsana) (l’étirement en chat) est le deuxième regroupement de l’être dans cette partie ascendante du cycle de la vie. Correspondant à la fin d’un expir, puis à une inspiration nouvelle, il symbolise enfin la fécondation de la matière par l’esprit universel L’homme est prêt pour s’exprimer totalement dans le monde.

A partir d’ici, Boris Tatzky propose une salutation qui séquence le passage du fœtus ou étirement en chat, en étapes distinctes, là où nous passons directement du chat au cobra dans une seule grande inspiration.)

La prosternation : pendant l’expir suivant, la reptation a permis le passage à la posture à plat ventre (situé pour cette salutation proposée par Boris Tatzky, juste avant le cobra. A ce moment là, le corps est allongé de tout son long, front au sol, à la fin d’un expir.) attitude d’humilité parfaite. Tout l’avant du corps ainsi que le front, sont en contact avec le monde visible. C’est le stade de l’incarnation nécessaire à la manifestation de la conscience. Cette attitude se retrouve dans certaines pratiques initiatiques, religieuses où elle marque l’abandon de l’ego, la prosternation.

Enfin, le point culminant du cycle est atteint avec le cobra (Bhujangâsana). La poussée ferme de la base du corps contre la terre permet , sans risque, au haut du buste et à la tête de se redresser fièrement. Le regard brave, la poitrine ouverte, l’inspir marque l’harmonie établie entre le monde de l’action et le monde de l’esprit, entre le faire et le recevoir. L’équilibre souhaité entre la terre et le ciel peut se traduire par l’enracinement du bassin dans le sol et la direction verticale de la partie supérieure de l’axe vertébral (poitrine, gorge, tête). Les trois chakra inférieurs liés aux énergies grossières sont ancrés dans la terre alors chakra d’énergies plus subtiles sont en relation avec l’espace, signifiant clairement que le but majeur de la vie est la connexion entre l’énergie de la matière et la dimension spirituelle.

Nous pouvons décomposer Suryanamaskar en deux parties faites d’alternances, d’ouvertures et de fermetures, de mouvements dirigés vers le ciel et d’autres vers la terre, de postures fermes, toniques, puis de relâchements, de mouvements d’intégration.

Ces deux phases, distinctes symboliquement, s’expriment par des figures communes qui s’inversent par rapport à la figure centrale, le cobra. Pareils aux aiguilles d’une montre, les 12 âsana entraînent le corps dans une grande gestuelle.

La descente progressive de la conscience dans la manifestation, dans l’incarnation atteint son apogée (juste avant le cobra); le contact avec la terre est total. Puis l’alliance avec l’esprit s’établit (le cobra) et la remonté vers la dimension spirituelle, l’allégement de l’être entraîne le redressement du corps, le retour à la verticalité (les mêmes postures qu’au début mais à rebours).

L’unité primordiale est réintégrée.

Le salut se poursuit par l’enchaînement des postures qui n’est autre que l’enchaînement précédent, pratiqué en ordre inversé et se termine par le retour dans la posture n°1.

Ce salut symbolise le cycle de la vie, de la naissance à la mort : l’énergie latente en chaque homme, utilisée dans une maturité généreuse qui retourne à une potentialité enrichie, dans un nouveau recueillement, une promesse de vie perpétuée. Ainsi chacun des 12 mouvements correspond à un symbole particulier.

La salutation au soleil accomplit une révolution physique et spirituelle grâce à laquelle, la conscience élargie, les sens affinés, l’homme pourra percevoir l’énergie cosmique, l’Un absolu qui l’anime. »

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Je vous propose pour ma part, un thème de réflexion supplémentaire à propos de Suryanamaskar :

Je me suis souvenu récemment de ce que nous disait mon professeur Rose-Thérèse Martin au moment de pratiquer la fente : « tournez votre visage vers le ciel et ancrez bien vos mains dans le sol ». Et tout d’un coup, une prise de conscience a surgit. Je peux techniquement, enchaîner les postures de la salutation à partir de ce mouvement de tête ou de nuque. Alternant un regard tourné vers le ciel, le macrocosme, puis un regard tourné vers soi ou vers la terre, le microcosme. Les deux se mariant intimement en soi, dans la pratique de la salutation.

Techniquement, corporellement ce mouvement de la tête tend à me placer plus justement dans chaque posture. J’ai moins tendance à « recaler » mes mains ou mes pieds pour me sentir « plus confortable » dans une posture ou une autre. Le mental commande moins le corps (tous les petits réajustements que l’on fait plus ou moins consciemment). Et tout le corps retrouve alors sa logique propre. Logique et justesse, toutes deux initiées par ce mouvement de la nuque, du visage et du regard. Regard tourné vers le feu du ciel, le soleil, puis vers le feu intérieur, le nombril et manipura chakra (dans la montagne) dont un des symboles est la flamme.

Ainsi, la salutation au soleil peut être aussi interprétée comme un tapas (littéralement un effort violent) qui anime ce feu intérieur sacré, cet agnisara qui brule en nous toute impureté tant au plan musculaire, énergétique que mental. Ce qui est un thème important du Hatha Yoga. Eliminer le superflu, ce qui nous encombre, pour se rapprocher de l’essentiel en soi.

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4. Centre et mouvement.

Encore une citation d’Arnaud Desjardins pour ceux qui participeront au stage de Taï Chi et pour les autres aussi (Approches de la méditation, Ed. La table ronde) qui dit l’essentiel. Bien que dans le texte A. D. ne parle que de méditation :

« Pour trop d’entre vous, Occidentaux, c’est le centre intellectuel, la tête, qui dirige tout et il vous manque la conscience de ce cerveau du corps. En fait vous découvrirez peu à peu d’où vient l’impulsion et vous découvrirez que le centre de l’immobilité, c’est le hara, le bas-ventre, tandis que le centre du mouvement, lui, est situé dans la base du dos, dans le sacrum. A partir de là peuvent s’accomplir tous les mouvements. »

Le hara, pour les japonais, ou dan tian pour les chinois est situé trois doigts (en long) sous le nombril, à l’intérieur du ventre, entre trois et cinq centimètres; c’est un lieu de force, de certitude et de justesse. Maintenant imaginez le coccyx-sacrum comme un levier en appui sur ce centre qu’est le hara. Imaginez saisir le coccyx-sacrum dans la main et ainsi agir sur toute la colonne vertébrale; et à partir d’elle sur les membres et le reste du corps. Vous aurez l’essentiel du Taï Chi Chuan. Et vous aurez aussi un moyen de bouger efficacement, justement, avec un minimum d’effort!

 

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3. Le Témoin Neutre.

 

L’idée du témoin neutre énoncé par A. Desjardin dans le cadre de la philosophie du Védanta se retrouve dans le Hatha Yoga, dans le Yoga postural que vous pratiquez. C’est même la base de toute pratique yogique. Pour résumer : sans témoin neutre, pas de Hatha Yoga.

On retrouve ce témoin neutre dans l’ouvrage Yoga-Sutra de Pantanjali (traduit ici par Françoise Mazet aux Ed. Albin Michel) :

II.17 « L’identification entre celui qui voit et ce qui est vu constitue la cause première de la douleur qui peut être évitée. »

Ce sutra est énigmatique et demande à être explicité quelque peu. Il faut d’abord comprendre que tout se passe en nous, exclusivement en nous.

Ensuite, comprendre que nous avons l’habitude de nous identifier à nos émotions et à nos pensée (le spectacle, ce qui est vu). Ce qui est cause de joie, mais aussi de souffrance. Parce que chaque chose commencée, même si elle est plaisante, trouve une fin, ce qui est déplaisant, voire douloureux. Si donc je m’identifie à mes émotions, je suis assuré de trouver sur ma route à un moment donné, une souffrance. Pensées et émotions sont du domaine de l’impermanence. Pour le Yoga ou le Védanta, ce sont des illusions.

En revanche, le spectateur, le témoin neutre est lui permanent, toujours identique à lui-même. Nous en faisons concrètement expérience pendant notre séance de Hatha Yoga. Au moment de la pause yogique après la pratique des postures ou des salutations au soleil. Il suffit de prendre conscience de ce qui en moi, observe, évalue les effets de la posture. Très vite je vais prendre conscience de sa permanence. Il est toujours identique à lui même. Il faut alors comprendre qu’il est le vrai « Je », le vrai « Soi ». S’identifier à lui. C’est l’alpha et l’oméga de la pratique du Hatha Yoga. Le moyen d’entrer dans la pratique, dans la posture et en fin de compte ce à quoi je vais pouvoir m’identifier, mon vrai « Je ».

L’identification à ce spectateur permet de prendre de la distance vis-à-vis des émotions et des pensées qui passent. On prend alors conscience de leur caractère relatif. Alors se fait la distinction entre la réalité « vrai », le spectateur, et ce qui est impermanent. La douleur diminue donc avec cette conscience spécifique. On pourrait dire : « je relativise, je prends de la distance ». Alors s’installe en soi un peu plus de distance, un peu plus de sagesse.

Bien entendu, tout cela s’expérimente et demande un effort de conscience… totale.

 

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2. Une Conscience Totale.

 

« Cherchez une conscience totale de vous de toute votre présence. Ne soyez pas situé dans la tête, vivez avec votre corps entier. Ne pensez plus, ressentez. Retournez à la conscience physique, à la sensation, la perception de vous-même ici, maintenant. Essayer de vous réunir, de vous rassembler, tête, corps et sentiment. Prenez conscience de votre vérité, dans l’instant. Qu’est-ce que vous ressentez? Soyez là pour le ressentir consciemment, sans vous confondre avec ce que vous ressentez. Cherchez ce que l’Inde appelle le témoin neutre.

Je me sens tendu physiquement, détendu, bien dans ma peau, mal dans ma peau? Emotionnellement, ai-je plutôt le coeur ouvert, fermé, un poids sur la poitrine, le coeur léger? Mentalement, ai-je les idées claires, ou des pensées obsessionnelles m’assaillent-elles? Acceptez complètement ce que vous ressentez et ne vous confondez plus, ne soyez plus identifié avec ce que vous ressentez. Plus vous acceptez ce que vous ressentez d’une acceptation absolue, comme si vous n’étiez pas concerné, plus ce témoin neutre devient présent.

Vous pouvez prendre conscience successivement de tous les niveaux de fonctionnement, de tous les koshas, les revêtements du Soi. Physique : annamayakosha, tendu, détendu, une douleur quelque part? Physiologhique : pranamayakosha, quelle est ma condition émotionnelle du moment? Logique : vijnanamayakosha, ai-je les idées claires et la capacité de voir clairement ce qu’il en est? Enfin, est-ce que je ressens la paix qui accompagne cette vision neutre, annandamayakosha, plus d’opposition entre ce que j’aime et ce que je n’aime pas, la paix qui vient avec l’acceptation parfaite de toute ma vérité du moment.

Souvenez-vous toujours : ce qui est vu à tous ces niveaux est changeant, ce qui voit ne change pas. Ce qui est vu, ce sont toutes nos identifications possibles. Ce qui voit, c’est notre véritable identité, l’aube du Soi. »

Arnaud Desjardin, Approches de la méditation, Ed. La table ronde.

 

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1. Séance Détente effectuée à la fin du mois de février et à reproduire chez vous…

 

 

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