Ramana Maharshi – Un témoignage

de Suleman Samuel Cohen

Ramana Maharshi

Suleman Samuel Cohen est resté 14 ans auprès de Ramana Maharshi, l’un des plus grands maîtres de la spiritualité du 20e siècle. Il nous livre ici son témoignage : partageant ce que fut sa vie à l’Ashram et les enseignements qu’il a reçus. Un livre émouvant et profond.

Je retranscris ici le début du chapitre 11 – La méditation. S. S. Cohen ressitue le terme puis donne ensuite la signification stricte selon Ramana Maharshi , maître de l’advaïta védanta (la philosophie de la non-dualité). Ses explications ont le mérite de définir précisément, non pas le terme « méditation », mais le chemin de la méditation :

« Méditation » est un mot qui revêt un grand nombre de significations selon les personnes, allant de la réflexion sereine sur un concept ou un idéal, jusqu’à la béatitude de la plus haute contemplation spirituelle. Toutefois, dans la sadhana (pratique  spirituelle) proposée par le Maharshi, le terme se réfère de manière stricte, quelle que soit la méthode, à l’effort pour mettre au repos la faculté pensante – ces vagues qui surgissent continuellement dans l’esprit -, de manière que soit découvert l’océan paisible de la pure conscience, d’où elles s’élèvent et sur lequel elles se meuvent.

Pour les débutants, ce contrôle du mental semble un exploit extraordinaire. Le Maître les engage néanmoins à continuer et à pratiquer, en tout cas à commencer. Il nous rappelle constamment de manière très encourageante que nous sommes déjà réalisés. Mais nous n’en sommes pas conscients et il nous faut enlever les obstacles qui nous empêchent de l’être, par la recherche – vichara – (La recherche de la Vérité par l’interrogation Qui suis-je?), aussi logique que simple.

Si l’on se fie à ses propres paroles, cette « connaissance de Soi », ou plutôt le chemin vers la connaissance de Soi, est « la chose la plus facile qui existe » (extrait de Atma Vidhya, poème de Ramana Maharshi). Mais si l’on en juge par les questions qu’on lui posait constamment, et plus tard à ses disciples, il apparaît qu’un grand travail, de défrichement soit nécessaire avant que cette idée centrale ne s’installe vraiment chez le chercheur. De toute évidence, le message du Maître semble être le suivant : en dehors même de l’efficacité psychologique du vichara, occuper l’esprit avec un seul thème à l’exclusion de tout autre, dans la mesure où nous pratiquons cet exercice avec ténacité, ne manquera pas de produire des effets bénéfiques. Cette démarche conduira à réduire les oscillations du processus des pensées et rendra ainsi l’esprit disposé à se concentrer sur la tâche suprêmement importante que nous devons ensuite accomplir. En soi, c’est déjà une grande réussite. Trouver la réponse à la question Qui suis-je? n’est pas l’objectif immédiat de la pratique. La stabilité et l’immobilité de l’esprit agité et versatile en constitue la première étape, qui peut être atteinte par une application constante, en ramenant l’attention sur l’objet de la méditation chaque fois que l’esprit s’en échappe. (…)

Le deuxième point du vichara semble être le suivant : on aura beau chercher où l’on veut, et aussi longtemps qu’on veut, la réponse dans la méditation, on ne la trouvera certainement pas dans le corps physique, car aucune de ses parties n’est assez intelligente pour passer l’épreuve de l’analyse ou répondre à l’appel. Même si le méditant considère son corps comme un tout auquel il attribue son nom, disons Krishna ou Pierre, il découvrira tôt ou tard que seul son esprit en prend la responsabilité, comme pour tout autre pensée ou sensation. Une recherche diligente et une observation appliquée conduiront finalement à voir que l’esprit est celui qui perçoit, qui désire et qui expérimente un monde qui est entièrement sa propre pensée, car l’esprit ne connaît rien d’autre que ses propres pensées.

Le troisième point, en conclusion, se réfère à l’étape la plus vitale du vichara, quand le fait précédent est devenu une ferme conviction et que le chercheur continue sans relâche sa recherche, cette fois-ci non pas en direction du corps insensible, mais de la véritable nature de l’esprit, où il  a découvert que se forme la pensée du moi. La méditation s’est alors véritablement installée; elle n’est plus, comme elle a pu être, un effort douloureux et apparemment sans résultat, mais une activité joyeuse et attendue avec impatience, qu’on ne peut plus abandonner, ni même relâcher. Le processus des pensées s’est maintenant considérablement ralenti ainsi que, naturellement, l’agitation de l’esprit. Une paix profonde et une joie intérieure encourageant à des méditations plus fréquentes et plus longues, ce qui à son tour, réduit encore davantage les pensées, jusqu’à ce qu’on arrive à une pleine maturité où, soudain, cessent complètement toutes les pensées. Le méditant, le je, sans que plus rien ne le trouble ou le préoccupe, se trouve spontanément dans son Être pur, l’état absolu, ou le substrat. C’est ce que signifient les deuxième et troisième soutras du Yoga de Patanjali :

« Yoga est la suppression des vrittis (modifications du mental).

Le sage demeure en lui-même. »

Quel est ce Soi, du point de vue de l’expérience? Shri Bhagavan nous dit qu’il est la Lumière qui brille à jamais dans la caverne du Cœur, flamme de la Conscience je-je, le sat-chit-ananda (Être-conscience-félicité) éternel et bienheureux. Telle est la réponse à la quête et son résultat. Le je, qui s’est lancé dans une recherche résolue et prolongée de sa propre nature, a finalement découvert qu’il n’était autre que l’Esprit pur, l’Être immaculé, éternellement absorbé dans une paix bienheureuse. C’est turiya, le quatrième état, ou samadhi. Il ne reste plus rien à accomplir si ce n’est à transformer cet état en l’expérience permanente du sahaja nirvikalpa, la Grande Libération.

On distingue trois types de samadhi (absorption dans la lumire de la Réalité) :

  • savikalpa samadhi : avec effort et temporaire, dans lequel n’est pas abolie la distinction entre celui qui connaît, la connaissance et l’objet de connaissance (le voyant, le processus de voir et l’objet vu).
  • kevala nirvikalpa samadhi : sans effort et temporaire.
  • sahaja nirvikalpa samadhi : sans effort et définitif.

Ramana Maharshi, Un témoignage – Suleman Samuel Cohen, Claire Lumiere Editions

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